Les masques Gèlèdè

Le gèlèdè et ses origines

Un peu d’histoire…

La pratique des cérémonies du Gèlèdè est née au XVIIIe siècle dans l’est du Bénin, et plus précisément, dans la localité de Kétou. Elle peut être observée chez les Yoruba et les Nago au Nigeria, au Togo et au Bénin.
Dans la spiritualité Yoruba qui a donné naissance au Gèlèdè, les femmes détiennent des pouvoirs à double facette. L’une positive, en tant que dispensatrices de vie et de sagesse, et l’autre négative, en tant que responsables des fléaux tels la sécheresse ou les épidémies. Le Gèlèdè est considéré comme un culte rendu aux dons surnaturels et mystiques des Iyas, les « Mères », dont il faut se protéger en même temps qu’il est nécessaire de les apaiser. En agissant ainsi, on permet la transformation de leurs pouvoirs en puissance bénéfique pour la société. Les fonctions exclusivement dédiées aux femmes dans le Gèlèdè tournent autour de certains rituels secrets que seule une personne de sexe féminin peut assurer.
Toutefois cette place des femmes est à nuancer : même si dans le cas des manifestations Gèlèdè, les femmes prêtent quelques-uns de leurs pagnes, tous les masques Yoruba sont portés par des hommes, les costumes sont également confectionnés par ces derniers. De même, la sculpture des parures de tête et la composition des chants sont aussi de leur ressort.
La tenue des Gèlèdè est composée de divers éléments qui, ensemble, constituent le masque : sur la tête est posée une pièce en bois sculpté, tandis que le visage et le corps sont parés d’un assemblage d’étoffes, les chevilles ornées de bracelets à grelots et de gros chaussons assurent la protection des pieds.

Pourtant, à des degrés divers et sous des aspects variés, assurant des fonctions exclusives, la présence des femmes est primordiale et effective. Tout d’abord sous la représentation d’oiseaux, que l’on retrouve sculptés sur les percussions jouées lors de la cérémonie, ainsi que sur certaines parures de bois portées par les danseurs. Il est dit que les Mères se réunissent de nuit prenant la forme de cet animal.

 

Fonction des cérémonies gèlèdè


À quelles occasions les cérémonies Gèlèdè ont-elles lieu ?


La sortie des masques peut être décidée pour résoudre des problèmes familiaux ou individuels (maladie, stérilité, malédiction, décès…), lors de situations touchant l’ensemble de la communauté (catastrophe naturelle ou épidémie), ou encore pendant des événements importants comme un mariage ou une intronisation. Le rituel possède alors une fonction cathartique.

Les aînés des familles, hommes et femmes, consultent l’oracle d’Ifa par l’entremise du Babalawo : Celui-ci indique quelle société Gèlèdè engager et il spécifie la nourriture à préparer pour la cérémonie.

À la tête de chaque culte Gèlèdè, se trouve Iyalashè, une mère de famille, âgée et puissante, au service de la déesse Iyala. En amont de la prestation, lors de la bénédiction du groupe, elle distribue à l’assemblée les aliments préconisés par le Babalawo. C’est elle qui entonne ensuite les prières adressées à la divinité locale, aux ancêtres, sans évidemment oublier les Iya, ces Mères à amadouer lors de la cérémonie nocturne ! Ces prières sont ensuite reprises par Babalashè, le chef des masques peints.
Dans une société de type agnatique à l’instar des Yoruba, les aînés ont une responsabilité importante : ils choisissent avec le maître de chants les pièces à composer. Or ces chants ont un rôle de premier ordre, puisqu’ils expliquent les motifs de la manifestation et ont le pouvoir d’infléchir les Mères. Les doyens se prononcent également sur la fonction des tenues, ainsi que sur la qualité des masques. Le sculpteur chargé de la réalisation des parures en bois garde néanmoins une importante liberté lors de leur création.
Dans de nombreuses régions du Bénin et du Nigéria, les Gèlèdè ne peuvent sortir sans que les autorités traditionnelles en soient averties. Ces dernières peuvent également être à l’origine du rituel, et ce, à des fins prophétiques. Ce type de manifestations, sans doute à cause de leur fort impact social, sont le plus souvent tributaires du pouvoir traditionnel local et de la volonté politique.
Hormis les cérémonies traditionnelles, les sociétés de masques ont la possibilité de participer après invitation, à des événements et à des fêtes publiques, durant lesquels leurs chants et danses auront été déterminés à l’avance. Leur prestation n’est pas gratuite et donne droit à une rémunération. Les groupes politiques et les associations sont généralement les principaux demandeurs de ce type de participation. La qualité des chants et des danses peut influencer le public venu soutenir un candidat à la députation lors d’un rassemblement politique, par exemple.

Kathia-Myriam Borth-Arnold

Les Yoruba

Le terme Yoruba désigne un ensemble de communautés de plusieurs millions d’habitants à l’organisation complexe, et regroupées sur divers territoires d’Afrique occidentale, notamment à l’ouest du delta du Niger. Le plus grand nombre d’entre eux demeure au Nigéria, pays où ils forment la plus importante civilisation urbaine d’Afrique de l’Ouest. La dénomination « Yoruba » fut octroyée à ces peuples par Hugh Clapperton en 1828, explorateur écossais, au retour de son expédition dans le golfe du Bénin.

Contrairement à bien d’autres peuples africains, les Yoruba construisent très tôt une civilisation urbaine. La ville d’Ifé-Ifé au Nigéria s’impose comme cité-mère de ces peuples, car c’est dans cette dernière que le premier homme serait apparu selon la tradition Yoruba. Les Yoruba se sont regroupés dans des cités-États.

La plus importante manifestation de la culture Yoruba réside dans le langage et le culte de divinités aussi nommées Orisha comme Shango, dieu de la foudre et du tonnerre. Ainsi, les sociétés Yoruba se caractérisent essentiellement par leurs organisations religieuses rigoureusement hiérarchisées.

Le caractère religieux de ces aires culturelles s’illustre, entre autres, à travers la pratique de masques, une tradition ancestrale sacrée encore bien ancrée dans les sociétés africaines modernes d’Afrique de l’Ouest. On compte au moins sept sociétés à masque dans le patrimoine religieux Yoruba. Pourtant, toutes les communautés Yoruba n’ont pas les mêmes sociétés de masques. Les Gèlèdè et les Egungun sont les traditions les plus répandues. Il convient également de souligner que ces usages ne concernent pas l’intégralité des aires culturelles Yoruba. Finalement, ces manifestations spirituelles originales marquent le dynamisme culturel enraciné dans la tradition et la conscience du peuple Yoruba.

Elise Matt Gehringer

Le Gèlèdè à travers les époques

La tradition du Gèlèdè s’est ajustée au fil des évolutions sociétales. Dès le XIXe siècle, l’expansion de l’islam et du christianisme ont eu pour impact un étiolement des collectivités de masques. Le Gèlèdè qui était un outil de cohésion efficace, une catharsis, en plus d’être un spectacle pour les communautés, s’est retrouvé enclavé dans un entre- deux : aujourd’hui il est ballotté entre une banalisation des rites et une évolution liée aux problèmes contemporains.

Alors que jadis on cherchait avant tout à apaiser la colère des Mères, de nos jours le Gèlèdè va servir, par exemple, à faire de la prévention et former les populations dans le domaine de la santé. Le Gèlèdè s’adapte. Certains observateurs vont jusqu’à estimer qu’il est résolument profané car les codes du culte ne sont plus convenablement respectés. Les chants ont perdu de leur superbe et des concours entre couvents sont organisés pour la gloire.

Ce relâchement dans les critères traditionnels a cependant permis l’éclosion d’une création artistique plus émancipée. Les sculpteurs de masques s’affranchissent des

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interdits, utilisent de nouvelles couleurs, de nouveaux motifs et ainsi subliment la création contemporaine.

Historiquement porteurs du pouvoir des Mères, les Gèlèdè continueront à nous surprendre et à nous questionner dans de nombreux domaines : histoire de l’art, analyse des pouvoirs traditionnels, évolutions des questionnements de société…

Adeline Beck 

Quelques objets

Gèlèdè masque-ventre aux jumeaux

Bois, cordes et pigments artificiels 

26 x 28 x 170 cm
N. Inventaire 1405


Les plastrons ont des attributs (faux seins, ventre proéminent, jumeaux, enfant dans le dos…) qui soulignent la féminité du Gèlèdè. Ce plastron représente la naissance des jumeaux. Considérés comme des demi-dieux, ils sont un symbole de richesse.
Masque polychrome composé d’une tête sculptée portant une coiffe en tissu et d’un plastron ventral avec une poitrine proéminente et deux enfants tenus dans un pagne.

Gèlèdè

Bois, clous, ficelles et pigments artificiels
23 x 22 x 58 cm

N. Inventaire 1110

C’est un masque qui sort la nuit. La scénette signifie « nous sommes tous amenés à mourir ».

Masque polychrome articulé composé d’une tête en bois, surmontée d’une plateforme verte où se trouvent deux personnages tenant un cadavre enveloppé d’un linceul blanc, dans son cercueil. Le premier personnage à gauche, habillé d’un pantalon vert, tient le cercueil et se trouve derrière une chaise en bois. À droite, un personnage qui lui ressemble tient d’une seule main le cercueil.

Gèlèdè Agba éfè

Bois et pigments artificiels 30 x 30 x 30 cm
N. Inventaire 1515


Le masque Gèlèdè Agba éfè est le grand masque messager et
le seul habilité à parler pour transmettre le message des Iyas (les mères). C’est un masque
de nuit qui apparaît dans la cérémonie uniquement si le grand masque d’Iya ne sort pas, et de plus, il sort en dernier.
Ce masque à la polychromie riche représente un visage féminin l’air égayé, peint en jaune avec menton et lèvres proéminentes. Il porte trois scarifications de part et d’autre et ses yeux sont en amande. Il est surplombé d’une structure lourde, constituée par des animaux : quatre poissons et un oiseau.

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