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Le Fa fondamental

On ne peut parler du vodoun dans le Danhomè sans évoquer le Fa. Cet art divinatoire de l’ancienne Égypte est passé par le Nil, avant de se retrouver à Ifé, au Nigeria, puis d’être adopté et adapté par les Fons.

Il s’agit d’une géomancie permettant de décrypter les forces en jeu suite à des jets de cauris ou d’écorces de pommes sauvages, et d’en apporter une interprétation afin d’en tirer des recommandations.

La divination Fa est devenue la clé du vodoun, au sens où elle crée un langage qui permet aux hommes de communiquer avec les dieux. Il faut souligner que, sans le Fa, le vodoun n’aurait jamais connu une vraie existence normative. En effet, la force d’analyse des événements que produit le Fa a rencontré la logique du vodoun et lui a donné une efficacité et une visibilité qui perdurent jusqu’à nos jours.

Les Gélédés

Les Gélédés

Avant de devenir un moyen d’investigation et de décision reconnu, le Fa se pratiquait officieusement dans le Danhomè. Une anecdote historique explique comment cette pratique divinatoire a été adoptée par la cour royale d’Abomey. Après que le roi Akaba (1685-1708) eut trouvé la mort sur le champ de bataille, le trône fut confié à sa soeur jumelle, Hangbé (1708-1711). Décidée à venger son frère, celle-ci lança une expédition punitive victorieuse. Malgré cela, elle fut poussée au bout de trois ans à abandonner le pouvoir au profit de son jeune frère, Agadja (1708-1740), alors que leur neveu aurait, selon les règles, dû être son successeur. Maudit, Agadja ne put contenir l’invasion d’Oyo (Nigeria), dont le tribut allait bientôt ruiner son royaume. De surcroît, une terrible sécheresse, puis la famine, s’abattirent sur le pays. Désemparé, le roi Agadja se mit en quête d’une solution et confia son destin à un prêtre du Fa d’origine yoruba. L’oracle lui révéla alors que, pour lever le mauvais sort dont il était victime, il devait d’abord présenter ses excuses à une dame offensée, dans laquelle le roi reconnut aussitôt sa soeur Hangbé. Il s’exécuta. Le prêtre du Fa entama alors les rituels requis, qui se conclurent par une pluie propitiatoire. Une fois sa mission accomplie, il retourna chez lui, mais Agadja le fit revenir à deux reprises, espérant qu’il continuerait à faire tomber la pluie (d’où le nom de « vendeur de pluie », « Djissa », qui fut donné au premier prêtre du Fa dans le Danhomè). Ensuite, le roi confia au prêtre deux de ses hommes de confiance pour qu’ils soient initiés à cette technique divinatoire.

Ce n’est qu’avec le temps que le recours à la divination Fa s’est généralisé, et, bien que popularisée, elle reste encore à Abomey sous le contrôle du roi. [/panel] [panel title= »Innovations et abus »] Dans le Bénin actuel, à côté du Fa, qui demeure très dynamique, nous pouvons constater non seulement une survivance du vodoun, mais aussi une vitalité, une vivacité retrouvée qui se traduit dans certains cas par un renforcement des initiations dans les différents couvents des divinités.

Face à un monde difficile, qui change de plus en plus vite, le vodoun semble continuer à apporter des solutions. Il ne s’agit pas tant de sa dimension occulte simédiatisée, que de la partie immergée de l’iceberg, sa réponse aux difficultés que peuvent rencontrer ponctuellement les individus. Les prêtres vodouns sont souvent le seul soutien social d’un village, à qui les habitants confient leurs secrets et en échange de quoi il assure leur protection symbolique. Il en découle une certaine dépendance et une fragilité dont abusent ceux qui détournent les cultes en occasions lucratives, en proposant monts et merveilles à leurs clients.

Il apparaît néanmoins clairement que le vodoun continue de résonner dans le brouhaha de la modernité, le besoin de spiritualité demeurant intact derrière les masques de la technologie. On remarque toutefois des transformations structurelles, qui permettent au culte de s’adapter aux conditions de la vie dite moderne. Les statuts et les fonctions, comme ceux de prêtre ou de devin, y sont distribués autrement, de telle sorte que beaucoup plus de gens qu’auparavant acquièrent une certaine maîtrise du protocole religieux, tout en étant indépendants, c’est-à-dire libres de la structuration du culte présente dans l’ancien Danxomè qui en assurait hier le contrôle et la cohérence.

C’est ce qui explique que l’on assiste depuis le début de la colonisation, laquelle a vu s’affaiblir les structures royales traditionnelles, à une prolifération de divinités personnelles, que les gens peuvent acheter et entretenir, comme c’est le cas des dernières venues sur le marché des dieux, Tron, Koku, Djagli ou encore MamiWata.

Si la naissance de nouvelles divinités est constitutive du vodoun, certaines pratiques sortent toutefois du système construit, intégré et généralisé par lui. Elles permettent à d’aucuns de créer des cultes moins contraignants, car la rigueur dans la pratique du vodoun est telle qu’elle en éloigne souvent plus d’un. Toutefois, la base de ces cultes anciens et nouveaux, ruraux et urbains, reste la même : lorsque les difficultés exigent de vraies réponses, les adeptes d’Hébioso, les chrétiens ou les évangélistes, tous finissent par se retrouver côte à côte dans les couvents vodouns pour y implorer ensemble l’aide des forces ancestrales.

La force du vodoun réside donc dans une croyance très ancrée et dans un système de pensée puissamment structuré. Si le vodoun demeure efficace, c’est qu’il est construit de manière à toucher l’homme dans ses fondements. Le vodoun embrasse la nature humaine.