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La naissance du Vodoun

Aux quelques rares questions fondamentales qui se posent à tous les hommes, quelle que soit leur origine (Qui sommes-nous? Où sommes-nous? D’où venons nous ?), les populations du golfe du Bénin (ancien Dahomey ou Danhomè), en particulier le peuple fon, ont apporté une réponse : le vodoun.

Très loin des clichés et des images hollywoodiennes, le vodoun est l’expression de toute une conception de la vie, une vision du monde, une philosophie pratique efficace pour l’homme.

L’origine du vodoun

Le royaume du Danhomè où s’est épanoui le vodoun est né au XVIIe siècle à la suite de nombreuses migrations au cours desquelles les populations Adja-Fon se sont installées sur le plateau d’Abomey. Influencé culturellement et cultuellement par les Yorubas d’Ifé et d’Oyo au Nigeria et les Ashantis du Ghana, ce petit peuple va, au fil des années, fonder un royaume puissant, une nation redoutée. En effet, le commerce des esclaves a pris aux XVIIe et XVIIIe siècles une intensité inédite et un rythme tel qu’ont été modifiés les équilibres des populations touchées, et par là même l’équilibre géopolitique entre les sociétés.

L’adaptation du Danhomè à cette réalité terrible fut d’abord politique, mais il ne nous appartient pas ici de développer cet aspect complémentaire de l’évolution du vodoun, entendu pour le moment comme une religion. Il nous suffira de dire qu’après la fondation du royaume par Houégbadja en 1625, quand de nombreux dieux existaient déjà, le vodoun s’est constitué en véritable système cultuel.

 Togo, 2012.

Legba. Glidji, Togo 2012

Sous le roi Agadja (1708-1740), le royaume du Danhomè s’étend et se renforce grâce à ses conquêtes. Les guerres permettent au roi de capturer des ennemis, qui sont revendus comme esclaves aux Européens, sur les côtes. La traite négrière va ainsi permettre au royaume d’augmenter ses ressources matérielles. Cependant, parmi les populations captives (Mahis et Yorubas en particulier), certains individus, ceux possédant un savoir-faire particulier, ne sont pas vendus. Ils sont évalués individuellement selon leurs capacités: par exemple, lorsque certains ont des talents occultes et que les forces qu’ils maîtrisent n’existent pas dans le Danhomè, ils sont anoblis et installés comme dignitaires, mettant ainsi leur savoir à la disposition du royaume. Ainsi le vodoun Sakpata (divinité de la terre et de la variole3) est-il originaire de Dassa, où les Nagos du Nigeria étaient présents. Le dieu de la foudre Hèbioso vient, quant à lui, de Houéda, dont les habitants sont originaires d’une région située dans ce qui est devenu le Ghana. Cela explique la grande variété des cultes, de l’artisanat ou de la musique que l’on rencontre dans l’espace du Danhomè aujourd’hui.

Pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle, le roi Tegbessou a structuré le panthéon selon des grandes familles de vodoun, avec des personnes désignées par le roi pour les entretenir dans le cadre d’un protocole arrêté.

Ces grandes familles sont :

  • Toxwio Agasu (la panthère) ;
  • Mawu-Lisa (couple fondateur) ;
  • Hèbioso (la foudre) ;
  • Sakpata (la terre et la variole) ;
  • Tovodoun-Nensuxwe (ancêtres de la famille royale) ;
  • Yalode (l’équivalent des Nensuxwe chez les Yorubas).

Les familles sont composées de très nombreuses divinités, ayant chacune un nom particulier. Par exemple, dans la famille de Hèbioso, il y a Sogbo (le père), Hou ou Xwu (la mère), Avlekete ou Toxosu (un des enfants anormaux de Hèbioso)…

Ainsi, au gré des conquêtes des souverains successifs – en particulier celles des rois Agadja (1708-1740) et Tegbessou (1740-1774) – et de l’installation de nouvelles divinités prises chez les ennemis qui les accompagne, une organisation rigoureuse et structurée du panthéon vodoun a été mise en place.